Cet article s'adresse à tous les utilisateurs d'écrans ;
non seulement aux photographes qui voudraient maîtriser un
outil de travail, mais aussi aux usagers d'Internet qui
regardent leurs images - y compris tous ceux qui se fatiguent
les yeux sans savoir qu'ils pourraient optimiser leur
matériel.
Horizon cinétique (D.M. Mac Kay)
Le réglage des valeurs
Par valeurs, j'entends les différentes
intensités lumineuses qui se traduisent sur l'écran par des
niveaux de gris. Chacune des 256 valeurs de gris, qui
s'échelonnent entre le 0 (noir profond) et le 255 (blanc
brillant) est formée d'un mélange homogène des trois couleurs
de base : rouge, vert, bleu. Ainsi le gris médian, qui
correspond à une moitié de blanc pour une moitié de noir, aura
pour valeur 127 en niveaux RVB. Théoriquement, l'affichage de
toutes ces valeurs (que l'on appelle : spectre continu),
devrait constituer une référence. Dans la pratique on observe
que seule une gamme de gris discontinue peut servir de
base de réglage pour le contraste et la luminosité, car l'œil
n'est pas un instrument de mesure, mais un organe sensible
relié au cerveau ; il est soumis à l'appréciation relative du
contraste et à la mémoire des sensations immédiates appelée
permanence des impressions rétiniennes.
Plusieurs gammes de gris sont déjà disponibles sur
Internet, sous les termes de : échelle de gris (grayscale),
charte de gris, mire de réglage, nuancier noir & blanc,
etc. Mais le plus souvent sans mode d'emploi destiné aux
néophytes. J'ai choisi de me limiter à 18 valeurs de gris en
affichage "plein écran" pour obtenir plus de confort visuel et
un meilleur rendu des détails dans les zones très lumineuses
et très sombres.
Le contraste et la nuance sont les bases de la
sensibilité. Il n'est pas nécessaire d'être un professionnel
de la chambre noire pour suivre le mode d'emploi situé sous
cette gamme de gris. Chaque valeur sert de référence à la
valeur voisine. Utilisez les réglages "luminosité"
(brightness) et "contraste" (contrast) de votre moniteur,
situés sur le panneau frontal ou dans un menu intégré. Faites
confiance à votre perception visuelle et apprenez à connaître
votre matériel afin d'en déterminer le meilleur usage. Le
calibrage de l'écran est une étape indispensable avant tout
travail avec un scanner, un logiciel de traitement d'images,
une imprimante photo, une variété d'encre et un type de
papier. (Ce réglage est automatiquement sauvegardé dans la
mémoire non volatile de votre moniteur. Notez-le cependant car
nous verrons qu'il y aura lieu de le modifier.)

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Procédure
Les 18 valeurs de gris doivent
apparaître en dégradé régulier.
Positionnez contraste
et luminosité au maximum. Si les gris du bas (les plus
sombres) se confondent, vos moyens video sont limités ou bien
la courbe de contraste de votre ordinateur doit être modifiée.
Consultez votre mode d'emploi pour accéder au programme
interne.
Si les gris du haut sont trop clairs, baissez le
niveau de contraste.
Le noir doit être profond, le blanc doit être
brillant.
Baissez graduellement la luminosité jusqu'à
obtenir un noir assez dense. Mais le gris le plus sombre (en
bas à gauche) doit se distinguer du fond noir. Vérifiez aussi
que le gris le plus clair (en haut à gauche) se détache sur un
fond bien blanc.
Ajustez le contraste pour adoucir les
nuances tout en conservant du relief.
Pour les habitués de la chambre noire
Quand
on a pris l'habitude de travailler le tirage dans le détail,
la gamme de gris ne sert que de base de travail ; le réglage
le plus fin s'ajuste en affichant des photographies qui
possèdent une gamme beaucoup plus complète de valeurs. Les
critères d'appréciation sont à peu près établis dans tous les
laboratoires :
Les zones les plus claires doivent conserver de la
matière, excepté dans les cas extrêmes (reflets directs,
soleil dans le champ, etc.) qui seront traduits par du blanc
pur. Il se trouve que ce blanc est conditionné par le support
lui-même ; celui d'un papier photo n'aura pas le même rendu
que celui d'une trame sur écran électronique. L'important est
de retrouver un équivalent de l'effet que l'on souhaite
obtenir.
Les zones les plus sombres doivent rester lisibles et
non opaques, sans pour autant devenir délavées. Le niveau de
noir, judicieusement dosé, apporte de la dynamique à l'image ;
mais il a tendance à plomber la transparence de l'air dès lors
qu'on en abuse. Les effets graphiques exagérés nous font
oublier que "le Noir & Blanc, c'est surtout du
gris", comme on dit dans le métier.
Après le regard analytique, une vision globale
s'impose. Quel que soit le support, chaque photographie est un
ensemble qui se voit d'un seul coup et qui possède une
ambiance particulière. Certains regardent l'image à l'envers,
d'autres se reculent de trois mètres ; il est nécessaire
d'arriver à fabriquer une cohérence à force de coups d'œil
séparés, afin que le transfert sur écran préserve ce qui fait
que l'œuvre originale n'est pas un paquet de nuances, mais un
tout organique.
Le réglage des couleurs
Ici le problème est radicalement différent de ce qui se
passe en Noir & Blanc, puisque nous ne pouvons pas juger
efficacement des couleurs, ni les unes par rapport aux autres
(car elles s'influencent mutuellement : un rose sur fond gris
paraîtra carmin sur fond vert), ni même une par une (comment
régler le niveau du rouge de référence si l'écran n'affiche
qu'un fond rouge uniforme ?). Il serait trop long d'étudier
ici toutes les illusions d'optique ainsi que les subtilités du
langage concernant les couleurs naturelles. Tout le monde sait
que l'herbe est verte, mais ce vert n'est jamais tout à fait
la longueur d'onde établie par le spectromètre.
Dans un premier temps, on visionnera un grand nombre de
photographies en essayant de se concentrer sur une couleur à
la fois. La seule référence ne peut être alors que la mémoire
des sensations colorées ; par exemple, le rouge d'une tomate
bien mûre doit se distinguer du rouge d'une tomate encore
ferme. Ou encore, il faut savoir que le vert de la végétation
contient du jaune et du rouge, car dès que l'activité de la
chlorophylle s'affaiblit, son pigment vert vif devient
minoritaire et l'on voit apparaître les couleurs de l'automne.
Quant au bleu du ciel, il ne doit pas ressembler à un papier
peint uniforme. Les couleurs à l'état de fréquences pures
n'existent que sur la mire de barres d'un moniteur de
contrôle.
Bref, l'habitude de "voir faux" est due à l'oubli des
couleurs naturelles, au manque d'exigence des utilisateurs et
à une confiance démesurée en l'outil… Tout cela pour dire que
le réglage doit préserver un maximum de variétés de teintes,
afin que le système soit fidèle aux images qu'il transmet, et
non pas représentatif des tendances esthétiques de son
propriétaire - ou de ses défaillances visuelles. Gardons
présent à l'esprit que l'appareil est au service de la
sensation et non l'inverse ; puisque tout n'est pas mesurable,
il reste à travailler la qualité de son appréciation en
enrichissant sa culture visuelle. Si vous n'avez pas en vous
le "vert Véronèse" ou le "rouge Carpaccio", comment
sauriez-vous les identifier sur une reproduction ? La
référence n'est pas dans l'appareil, mais dans le cerveau… ou
nulle part.
Etalonnage à l'aide d'une mire de barres
Altérations
Un œil exercé pourra tout au plus
repérer d'emblée sur l'affichage d'une mire couleur une
décoloration (manque de densité chromatique) ou une
saturation (excès artificiel de densité).
La décoloration se traduit par un effet de pastel dû à
une quantité insuffisante d'informations, et par une
impression de perte de contraste ; car si les couleurs n'ont
pas assez de densité, l'image manque de relief et paraît
délavée.
La saturation a pour cause une compression des nuances
sur toutes les zones représentées : on la remarque au fait que
les couleurs semblent déborder de leurs contours, au point que
la définition de l'image peut en être affectée.
Le niveau correct se situe bien sûr entre les deux,
dans une marge plus ou moins étroite selon les appareils,
marge qui peut varier au cours de leur vieillissement. (A
noter que les altérations ne se produisent pas de façon
homogène, et qu'elles finissent par laisser apparaître des
colorations dominantes.)

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Procédure
Reportez-vous au menu color,
en manipulant les boutons situés généralement sur le panneau
du moniteur (PC), ou à l'aide d'un programme intégré (série
iMac). Si les couleurs sont trop vives, baissez le niveau
général RVB (Rouge Vert Bleu) ; si elles sont trop pâles,
augmentez celui-ci. A ce stade des opérations, il faudra
peut-être retoucher légèrement le réglage des valeurs, car la
luminosité et le contraste jouent directement sur la densité
des couleurs. Quelques points de lumière en plus ou en moins
peuvent "réveiller" une couleur un peu enterrée ou "casser"
une couleur trop violente. (Attention néanmoins à ne pas
continuer indéfiniment le petit jeu des réglages ; il faut
arriver à un équilibre global et s'y tenir.)
Reste encore à chasser une éventuelle dominante
(superposition d'une teinte particulière à l'ensemble du
spectre coloré). C'est dans ce dernier cas que le réglage
préalable des valeurs s'avère précieux, car il permet de mieux
voir s'il y a une dominante gênante sur l'écran.
Effectivement, c'est en revenant à la gamme de gris que l'on
peut vérifier le bon équilibrage des couleurs, surtout en
observant les gris clairs. Afin d'obtenir la plus grande
neutralité, il faudra cette fois corriger les niveaux du
rouge, du vert et du bleu individuellement. Par exemple, si le
gris vous semble un peu vert, baissez graduellement le niveau
de vert jusqu'au moment où vous atteindrez une nouvelle
dominante, puis établissez ce niveau à une valeur
intermédiaire.
Application aux périphériques
L'imprimante photo
De manière analogue, en
effectuant une impression papier du fichier "gamme de gris"
sur une imprimante photo couleur, il devient plus facile de
repérer une éventuelle dominante (surtout sur les zones
claires) qui serait passée inaperçue au cours des précédents
tirages. Le rééquilibrage se fera par étapes, en corrigeant à
chaque fois le niveau colorimétrique d'impression de façon à
obtenir l'épreuve Noir & Blanc la plus neutre possible à
l'œil. Cette correction finale par compensation sera
enregistrée, puis programmée ultérieurement pour obtenir un
couple optimisé : cartouche d'encre/boîte de papier. Ces
essais devront évidemment être associés à la même imprimante,
afin de garantir la stabilité des résultats.
Le scanner à plat
On pourra maintenant
utiliser le meilleur tirage possible de cette gamme de gris
pour vérifier le calibrage du scanner par rapport à
l'affichage de référence sur l'écran. (Il est recommandé
d'effectuer ce tirage sur un papier mat, car les interférences
entre une surface brillante et la plaque de verre du scanner
créent des reflets parasites, qui faussent les densités
d'origine.) Après quoi, le travail de correction se fera en
fonction de la destination de l'image : un simple visionnage
sur écran, ou un tirage sur imprimante. Pour cela, utiliser un
logiciel de traitement d'images.
Contrôle et variété des réglages
Adaptations
L'ordinateur possède plusieurs
fonctions, et à chacune correspond un réglage adapté. Ainsi le
traitement de texte sur fond blanc demande parfois une
diminution importante de la luminosité et un regain de
contraste. (Il suffira de noter le réglage photo optimal, et
d'y revenir avec les boutons de niveau.) Sans oublier de tenir
compte aussi de la fatigue visuelle et de l'accoutumance du
corps. Dans tous les cas, on aura intérêt à conserver dans la
pièce un éclairage d'appoint aussi lumineux que l'écran (pour
ne pas se focaliser sur cette zone), à la fois diffus (pour
éviter l'alternance de taches de lumière et d'ombre), et assez
neutre (pour que l'œil ne crée pas de compensation colorée).
Il faudra bien sûr chasser les reflets parasites sur la
surface de l'écran, se méfier des emplacements à contre-jour,
et compenser les effets malencontreux du soleil ou les
variations d'ambiance dues aux passages nuageux.
Aberrations
Attention à ne pas laisser le
moniteur près d'une source de chaleur ou de rayonnement
magnétique, comme les aimants des hauts-parleurs, qui peuvent
dévier les faisceaux électroniques. De temps en temps, il
faudra aussi débarrasser les circuits de leurs courants
induits en appuyant sur le bouton degauss
(démagnétisation). En l'absence de cette fonction, la bonne
vieille méthode consiste à éteindre l'ordinateur pendant
plusieurs minutes, en veillant à ce qu'il soit relié à une
prise de terre. Certaines configurations engendrent des effets
de moirage, par interférence entre le tramage des
lignes et le rapport de résolution. Les systèmes les plus
évolués disposent d'une commande pour éliminer ce défaut
typiquement numérique.
Rapport de résolution
Ce paramètre définit la
quantité de points affichés sur l'écran, et joue à la fois sur
la taille et sur la finesse des images. Rappelons que certains
rapports de résolution ne correspondent pas au format 4/3 de
l'écran de base (par exemple :1280 x 1024), et que par
conséquent ils peuvent déformer les images d'origine en
modifiant leurs proportions. Il faut donc vérifier que le
paramétrage de l'écran est en accord avec celui de la source,
et indiquer en page d'accueil les rapports qui permettent un
affichage des images compatible avec la surface de l'écran
récepteur.
Une référence toute relative
A cause de la variété des types d'écrans et en
l'absence d'une référence visuelle absolue, il serait
souhaitable que le concepteur de chaque site propose une gamme
de gris et une mire couleur sur la page d'accueil, afin de
donner aux visiteurs la possibilité de régler les images et de
les voir telles qu'elles ont été conçues par le photographe.
Ce qui nous ramène à notre point de départ, à savoir
l'éducation de l'œil et le bon usage des instruments.
Car
de l'utilisateur dépend le pourcentage visible - et donc
significatif - de l'image dévoilée par son écran : simple
renseignement ou contenu à part entière. Sur ce potentiel
repose à présent la partie émergée de l'œuvre en ligne. Le
fichier numérique est en dernier lieu soumis au facteur humain
et aux aléas mécaniques. Le monde virtuel n'échappe pas aux
hasards du réel.
Copyright Objectif Numérique 5/07/2001